Comment je traite les films monochromes argentiques.

Je traite mes films monochromes argentiques depuis fin 1969, avec des fortunes diverses.

Comme pour pas mal d’amateurs, lavage et séchage ont été, souvent, de mauvais souvenirs.

Au fil des années, je suis arrivé à un protocole satisfaisant, depuis la préparation des produits nécessaires au développement, jusqu’au lavage de la vaisselle photographique.

J’utilise principalement du film 35 mm, traité dans des cuves à spires Paterson, avec des spires Paterson et AP, mais aussi un peu de moyen format 120 : ce protocole est applicable, avec quelques adaptations en temps de développement. Les nouvelles spires AP sont pratiques pour charger des films de format 120

Les pages suivantes reflètent ce que j’utilise, ainsi que ma méthode, empirique.

Produits nécessaires au développement.

  1. Révélateur : J’utilise principalement du révélateur en poudre (de l’ID 11 Ilford, du D-76 Kodak, ou leur équivalent tchèque FOMA Fomadon P W37 ; mais aussi d’autres produits comme le D23 (formule Kodak diffusée par PhotoFormulary – mais que vous pouvez élaborer vous-même si vous avez le matériel nécessaire); le Fomadon LQN, le ADOX FX39 – anciennement Paterson FX39. Liste non limitative.
  2. Je dilue selon les recommandations de volumes et de température du fabricant, dans de l’eau distillée ; j’insiste : de l’eau distillée : les  poudres se dissolvent bien mieux. A défaut : de l’eau de Volvic, peu minéralisée.
  • J’utilise un broc de dilution gradué et un agitateur. J’y verse de petites quantités de poudre à la fois ; c’est plus long, mais cela se dilue mieux. Lorsque tout est dilué, je complète avec de l’eau de Volvic.
  • Ensuite, je verse la solution dans un flacon, en la filtrant avec un entonnoir + un filtre à café, car il y a toujours quelques grains résiduels, provenant soit de l’eau distillée elle-même, soit de cristaux non diluables de la poudre du révélateur.
  • Bain d’arrêt : j’utilise le produit Ilfostop Ilford, sans exclusive : je trouve celui-ci pratique, car il est à indicateur coloré). Je mélange la dose prescrite dans de l’eau de Volvic.
  • Là encore, je verse la solution dans un flacon, et je filtre (entonnoir + filtre pour café).

3- Fixateur : en général un fixateur liquide concentré (Ilford par exemple, sans exclusive) ; mêmes dispositions, même eau de Volvic; même filtrage. Les fixateurs en poudre conviennent très bien aussi et coutent bien moins cher.

4- Produit réducteur de fixage, ou Hypo Clearing agent (facultatif) : J’utilise le Lavaquick de Tetenal ; ce bain permet de raccourcir le temps de lavage du film. C’est du liquide à diluer : voir précédemment pour la méthode. Le produit Fotospeed est également parfait.

5- Je prépare également 4 litres d’eau dans 4 flacons de 1 litre chacun, filtrée avec un filtre[1] à eau. C’est inspiré de la méthode de lavage de Ilford; cela économise l’eau de lavage.

6- Agent mouillant : Je le prépare environ une heure avant toute séance de développement de films. Là encore, j’utilise impérativement de l’eau distillée, que je filtre préalablement (filtre à café dans un entonnoir) : l’eau distillée industrielle est chimiquement pure, mais pleine de scories nuisibles aux films ; je mélange la quantité recommandée par le fabricant : j’évite de dépasser. Je verse ensuite la solution d’agent mouillant dans un flacon propre et bouché. On maintient à une température de 20°C minimum.

Voici ma « chaîne » de développement :

– Attention : bien entendu pas de lumière lorsque vous bobinez vos films !

Retirez votre montre de poignet, enlevez du local toute horloge ou chronomètre dont les caractères et aiguilles sont lumineux !

– Bobinage des films dans un manchon étanche à la lumière. Accessoire indispensable pour un amateur : je ne suis pas certain que mon laboratoire soit intégralement étanche à la lumière, et cela ne pardonne pas pour les films ; bobiner les films dans un manchon élimine doute et risques.

è Avant d’introduire vos mais dans le manchon :
avez-vous bien enlevé votre montre ?

– Produits photographiques : révélateur, arrêt, fixateur ne posent pas de problèmes : au début, on suit les recommandations des fabricants ; ensuite, on adapte. Bain d’arrêt : 30 secondes ; fixateur : 4 à 6 minutes (selon le type de fixateur et selon les films).

– Puis, Lavaquick (qui élimine les restes du fixateur), durant deux minutes, avec agitation toutes les 30 secondes.

Ensuite, je pratique le lavage suivant (recommandé par Ilford, et modifié ainsi) :

– après le Lavaquick, emplir la cuve d’eau courante filtrée et retourner la cuve 5 fois.

– Avec le premier bidon d’eau filtrée (plus haut : § 6), remplir la cuve, et agiter 10 fois par retournement de la cuve ; rejeter l’eau après les 10 retournements.

– Recommencer l’opération : agiter 20 fois par retournement de la cuve ; rejeter l’eau après les 20 retournements.

  • Recommencer l’opération : agiter 30 fois par retournement de la cuve ; rejeter l’eau après les 30 retournements.
  • Recommencer l’opération : agiter 40 fois par retournement de la cuve ; rejeter l’eau après les 40 retournements.

Cela économise l’eau courante, et permet de rejeter d’emblée une bonne part de sels de fixage résiduels. Cela suffit à garantir un lavage «de conservation », selon Ilford.

J’effectue parfois un lavage final au Force Film Washer de Paterson (ou équivalent) avec le filtre à eau : 5 à 10 minutes, à flux régulier et pas trop fort, température entre 20 et 22 °C.

Après le lavage, l’agent mouillant : j’immerge les films dans leurs spires durant le temps recommandé par le fabricant (en général : entre 2 et 3 minutes à au moins 20°C). Je fais circuler la solution en agitant délicatement. Je ne conserve pas la solution d’agent mouillant au-delà de 5 jours.

Séchage : j’ai acheté un meuble de rangement pour accessoires de cuisine.  Hauteur : 2 mètres.

De quoi faire sécher 6 films de 36 vues. J’ai veillé à une bonne étanchéité à la poussière (la porte du meuble).

Ú Longtemps avant d’installer les films pour le séchage dans le meuble, je passe toujours un coup d’éponge humide sur les parois intérieures du meuble.

Ú Puis, je fais ce qu’un petit manuel de photographie québécois (éditions de l’Homme) recommandait dans les années 1980 : un peu de vapeur d’eau dans le meuble ; en effet, la vapeur d’eau monte dans le meuble, et fait tomber les poussières encore en suspension. Pour ce faire, je dépose une cuvette d’eau très chaude et fumante sur le plancher du meuble. Je ferme bien la porte.

Ú Les films, après le bain d’agent mouillant, sont prêts au séchage : j’accroche l’amorce sur la pince du haut, désenclave doucement le film de la spire, laisse dérouler le film vers le bas, toujours doucement, et accroche la pince plombée. Dans cette opération, nervosité et brutalité sont à laisser de côté. Je vérifie bien la fermeture de la porte du meuble.

Ú Je n’essore jamais mes films avec quoi que ce soit ; ni avec mes doigts (velus) ni avec une pince caoutchoutée, qui, elle, a toutes les malchances de rayer support et gélatine. Même les pinces caoutchoutées les mieux fabriquées et les mieux entretenues finissent par rayer.

Ú Je laisse faire la nature pour le séchage : surtout ne jamais sécher les films au sèche-cheveux. Poussières volantes et cheveux restés dans l’appareil se donneraient rendez-vous droit sur la gélatine, le tout pulsé par l’appareil.

  • Je contrôle le séchage (un coup d’œil de temps en temps sur ce qui se passe dans l’armoire).
  • Lorsque les films sont bien secs, je découpe soigneusement les films en bande (avec un petit ciseau : pratique, efficace, pas cher).

Depuis longtemps, j’utilise de l’archivage à base de papier cristal (Hama, Kaiser, Panodia, Paterson).

Ensuite, je range.

Environnement : ni froid, ni chaleur, ni humidité excessifs.

Vaisselle et locaux photographiques.

Conseils pour les nettoyages des cuves, brocs, pinces etc…
et locaux utilisés :

Si vous utilisez la cuisine et la salle de bain familiales, vous devez à votre entourage la restitution de lieux propres et immaculés.

Après usage, rangez puis bouclez bien tous les produits photographiques, en particulier hors de portée de jeunes enfants, car ceux-ci sont curieux, et touchent à tout.

Les produits photographiques doivent être considérés comme dangereux pour les enfants.

Les campagnes publiques récurrentes sur les risques domestiques sont applicables au laboratoire photographique amateur.

En outre, certains produits peuvent être allergènes ou irritants : saluons l’attitude des fabricants, qui préviennent convenablement l’utilisateur qui prend la peine de lire les notices.

Commencez par nettoyer les petits articles (pinces, cuve Paterson, agitateurs, brocs et éprouvettes. Détergent habituel : liquide, type «Mir». J’utilise un égouttoir du commerce, je laisse sécher et j’essuie.

Quant aux spires d’enroulement des films, l’eau courante étant souvent calcaire, je fais régulièrement le traitement suivant :

  • Lavage à fond, avec passage d’une brosse à dents dans les interstices de la spire.
  • Rinçage.
  • Trempage dans de l’eau de Javel (une demi-heure).
  • Rinçage à fond à l’eau chaude courante.
  • Trempage de la spire dans une solution d’eau et de vinaigre d’alcool (respectivement 75 centilitres et 25 centilitres) durant une demi-heure : cela dissout le calcaire qui a pu s’accumuler dans la spire.
  • On rince et on laisse sécher.

Informations complémentaires :

J’utilise ce “protocole” depuis environ 30 ans. Mes négatifs sont réguliers et sans taches.

Peut-être que j’en fais trop : mais retouche et repique sont pour moi peu envisageables ; je ne suis qu’un amateur qui ne passe pas tout son temps au laboratoire. Autant soigner sa chaîne de développement de négatifs, et sa finition avec autant de rigueur que possible.

Je n’ai pas d’actions chez les producteurs d’eau distillée ou chez Volvic : j’en utilise effectivement beaucoup, mais cela en vaut la peine (l’eau distillée pour les raisons évoquées précédemment ; Volvic car peu minéralisée).

Mon manuel de référence reste l’ENCYCLOPÉDIE PRATIQUE DU LABORATOIRE de Michael LANGFORD, publié chez Paul Montel en 1984, malheureusement épuisé, et ce livre reste dans le laboratoire. Mais il y a d’autres outils du même type et aussi bons, et c’est très pratique en cas de trous de mémoire.

Les magazines photographiques contiennent généralement d’inappréciables conseils pour le laboratoire chimique amateur, même si cela se réduit lentement mais sûrement. Il y a les forums dans le Web. Je lis «Réponses Photo», à titre personnel, car il y a un « Cahier argentique ».

Annexes.

Sites web utiles.

Pratique du laboratoire de photographie :

  • http://objectif-argentique.com/index.php
  • http://www.digitaltruth.com/devchart.php (en langue anglaise). Site remarquable permettant de trouver son film, des révélateurs et des temps de développement. Si vous avez un smartphone (iOS, Android, Windows Phone), ce site livre une application (payante) recensant ce qui précède, mais lorsque vous avez trouvé votre combinaison idéale, vous disposez d’un chronomètre pour les temps de révélateur, bain d’arrêt, fixage, hypo clear et lavage. Il vous faudra toutefois gérer l’agent mouillant vous-même.
  • http://www.bw-reeltime.com (« site collaboratif, dans le sens où tout un chacun peut soumettre un temps de « référence » pour un couple film/révélateur donné. Il s’adresse donc à tous les amateurs de photographie argentique qui développent encore leurs films ».)


Fournisseurs de produits et équipements pour le laboratoire photographique chimique :

Liste indicative, non limitative : je suis preneur de nouvelles adresses.


[1] J’utilise un filtre à eau Paterson. C’est indispensable à l’usage et facile à manier. On fixe le filtre à eau au robinet, et on fixe le tuyau laveur (Force film Washer Paterson ou équivalent) à la cuve.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s